mercredi 10 novembre 2010

Journal d'absence, Jacques Josse


(...)
Quatorze jours durant, errant, présent pour personne, sauf pour la disparue, il s'est contenté d'endosser l'habit du guetteur à distance.

Maintenant il doit rebrousser chemin. Il va du casino au port. Devine l'îlot de La Mauve et Le Gerbot d'avoine pris dans une tourmente grise et glaciale. Traversant la plage de la Comtesse à marée basse, il se remémore un autre dimanche où, effectuant la même balade, il avait aperçu une jeune femme brune, en imper blanc et parapluie rouge, immobile devant l'océan. La veille, Paul Vatine qui avait l'habitude d'amarrer son bateau ici même, était tombé à la mer, avalé, emporté par une vague, au large des Açores. Dans son esprit, la présence de cette inconnue à l'air grave, la disparition du marin, celle de la petite partie mourir dans les bois, se trouvent liées.
(...)
Jacques Josse, Journal d'absence, Apogée éditeur

lundi 1 novembre 2010

Gustave Roud, ce matin avant de filer vers la Bretagne et Quimper:


"Sentiment d'être cerné par ceux qui peuvent - et moi je ne peux pas comme eux, je tâte mes biens noués dans un petit mouchoir sans cesse plus réduit."

Journal, 28 août 1960

vendredi 29 octobre 2010

Vincent Van Gogh


1890

Le travail allait bien, la dernière toile des branches en fleurs, c'était peut-être ce que j'avais fait le plus patiemment et le mieux, peint avec calme et une sûreté de touche plus grande. Et le lendemain fichu comme une brute.
Je considère cela comme un naufrage.
Je désire profiter de cette période pour changer: je veux changer dans tous les cas, mon désir de partir d'ici est maintenant absolu. Ma patience est à bout, je n'en peux plus, il faut changer, même pour un pis-aller.
Entre quatre murs, on n'apprend que difficilement quelque chose de bon, cela se comprend, mais cependant est-il vrai qu'il y a des personnes qu'on ne peut pas non plus laisser en liberté comme s'ils n'avaient rien? Si dans quelque temps le mal revenait, ce serait prévu et selon la gravité nous pourrions voir si je peux continuer en liberté ou bien s'il faut se caser dans une maison de santé pour de bon.

samedi 23 octobre 2010

la huppe de Virginia, éditions des Aresquiers




La Huppe de Virginia verra le jour pour la première fois à Marseille le 30 octobre au salon du Livre d'artiste...et je m'en réjouis avec Véronique Agostini, maître d'oeuvre du projet!

mercredi 20 octobre 2010

Jeu et théorie du Duende, FG Lorca


Dedans le jardin

sera ma fin.

Dedans les rosiers

on va me tuer.

Pour cueillir, ma mère,

la rose, je vins,

je trouvai la mort

dans le jardin.

Pour couper, ma mère,

la rose j’allai,

je trouvai la mort

dedans les rosiers.

Dedans le jardin

sera ma fin.

Dedans les rosiers,

on va me tuer.

(…)

Par l’idée, par le son, ou des mimiques, le duende aime à être au bord du puits dans une lutte franche avec celui qui crée. L’ange ou la muse s’échappent avec un violon ou un compas, mais le duende vous blesse et c’est dans la guérison de  cette blessure qui ne se ferme jamais que setrouve ce qu’il y a d’insolite, d’inventé dans l’œuvre d’un homme.

La vertu magique d’un poème consiste à être toujours chargé de duende pour baptiser d’eau sombre tous ceux qui le regardent…

JEU ET THEORIE DU DUENDE, Federico Garcia Lorca

mardi 19 octobre 2010

La mer, la mère, le LIvre du Fils, C.L.Combet


Le sexe de l'amante s'était détaché du sexe de la mère, comme on a vu, en des temps fabuleux, des chapelets d'îles larguer leur continent matriciel et gagner le large des océans, chaque île bien fendue, chaque île crêpelue, chaque île farfouillue et l'amante en tête, capitale. Capitale de mon désir, songeait le fils, et capitale de mon avenir, femme à la proue.

Claude-Louis Combet, Le Livre du fils, Corti, 2010

vendredi 15 octobre 2010

Marseille, encore, Supervielle, Débarcadères, 1927


 Marseille », Débarcadères, 1927.

 

Marseille sortie de la mer, avec ses poissons de roche ses coquillages et l’iode,
Et ses mâts en pleine ville qui disputent les passants,
Ses tramways avec leurs pattes de crustacés sont luisants d’eau marine,
Le beau rendez-vous de vivants qui lèvent le bras comme pour se partager le ciel,
Et les cafés enfantent sur le trottoir hommes et femmes de maintenant avec leurs yeux de phosphore ,
Leurs verres, leurs tasses, leurs seaux à glace et leurs alcools,
Et cela fait un bruit de pieds et de chaises frétillantes.
Ici le soleil pense tout haut, c’est une grande lumière qui se mêle à la conversation,
Et réjouit la gorge des femmes comme celle des torrents dans la montagne,
Il prend les nouveaux venus à partie, les bouscule un peu dans la rue,
Et les pousse sans un mot du côté des jolies filles.
Et la lune est un singe échappé au baluchon d’un marin
Qui vous regarde à travers les barreaux légers de la nuit.
Marseille, écoute-moi, je t’en prie, sois attentive,
Je voudrais te prendre dans un coin, te parler avec douceur,
Reste donc un peu tranquille que nous nous regardions un peu
O toi toujours en partance
Et qui ne peux t’en aller
A cause de toutes ces ancres qui te mordillent sous la mer.