lundi 28 décembre 2009

la voix c'est aussi cette feuille trouvée


 

la voix c’est aussi cette feuille trouvée

sur la table au petit déjeuner alors que

tristesse s’était assise à la table inquiète

et puis feuille rousse dépliée un baiser

allège de son poids petit l’ajournée

devenue le temps de l’action et de dire

un jour à construire dans le désir


SD, La voix des hommes/la voix des femmes, inédit

samedi 26 décembre 2009

Trois figures d'oubli, Joël-Claude Meffre


SU, 4

      Sur le coupant de la montagne, dessus, dessus, le monde est renversement de lui-même.  Ciel pèse sur le renversement. Pourtant, ciel c'est rien. Pas même décor. Les voix d'hommes, dans la vallée, vont heurter parfois le front des falaises blanches les plus avancées. Ne sais pas si la terre est miroir ou le ciel reflet, dans les fonds. On peut vivre là, sans qu'on devine rien, chacun derrière ses cloisons, dans chaque pays, sans que jamais on aperçoive la lumière, résister, à l'angle des pierres. 
      Les paysans avancent là en mourant sans bruit.

      La voix d'Aniès, qu'est-ce qu'elle est, dans l'étendue du passé? Qu'est-ce que la voix en moi qui sourd d'elle? Est-elle où, comment, dans ce bout de pays quelconque?

       Tout se dilue dans le travers d'oubli, aucune lumière ne se braque sur un visage que je repétris tant bien que mal, approximatif.

        Aniès tient lieu de rien en moi. (...)

extrait de Trois Figures d'oubli, SU, aux éditions Tarabuste


vendredi 25 décembre 2009

Pour saluer Noël, et le mot naissance


Le temps du poème

Entre chien et loup,
lorsque les arbres en ombres chinoises
dansent sur la musique du vent,
lorsque les visages sans traits
s'identifient à la voix,
que le vin léger prête main-forte
aux péripéties du rire
qui étouffe l'inquiétude,
la céleste magnitude du poème me submerge
et les mots s'approchent à pas feutrés
comme des bêtes peu apprivoisées.

La longue navigation s'entame
sous-marine et nocturne.

extrait de Vous occuperez l'été, de Christian Saint-Paul, paru aux éditions Cardère en 2009

jeudi 24 décembre 2009

Le miracle, de Lokenath Bhattacharya


LE MIRACLE

Une étincelle a surgi dans la chambre. D'où venait-elle? Quel vent l'avait portée? L'homme, assis, méditait, dans la posture du lotus. Protégeant pourtant l'espace autour de lui. Il l'a vue et il ne l'a pas vue.
(...)
Et l'étincelle, écureuil fou, bondit du sol sur l'oreiller. Dans une joie frénétique, elle saute de l'oreiller sur l'étagère aux livres et puis sur le tableau du mur. Dehors enfin: sur le toit.
(...)
Laisse venir maintenant celui qui veut voir de ses yeux comment s'est éteint le feu. Laisse-le s'approcher. D'où qu'il vienne.

Extrait du Danseur de cour, traduit du bengali publié d'abord par les éditions Granit, puis Fata Morgana et enfin  Gallimard en 2000 et conseillé par Marc Petit, un magnifique livre!

mardi 22 décembre 2009

La voix des femmes

avance…murmurant….marmonnant…une langue inconnue…elle,

abordant un continent aveugle…dans la maison incertaine de la voix…

où il ne reste rien…bourdonnante abeille aux yeux bleus résiste à 

l’effacement du paysage…elle…avance…dans l’indécision des nuages  

et le noir des chemins…avance vers la fin de la page ou son commencement

…chuchotant dans la maison…incertaine abeille aux yeux si bleus…

et le ciel…avance…


SD, La voix des femmes, inédit

dimanche 20 décembre 2009

SUR L'ILE DE MES MOTS, de R.Sibille, manuscrit et traduction en coréen

oeuvre de Bang Hai Ja 
manuscrit du poème et sa traduction en coréen

vendredi 18 décembre 2009

Sur l'île de mes mots, Roselyne Sibille


SUR L'ILE DE MES MOTS,

Sur l'île de mes mots
          le ciel est blanc
                   et la montagne attend

Si le thé devient mon encre
         je pourrai peut-être descendre dans la couleur


Roselyne Sibille, Par la porte du silence

jeudi 17 décembre 2009

Préparation d'un petit livret après la venue de James Sacré


Le rouge bien sûr au coeur du poème et de l'image, mais aussi le bleu, la promenade dans le froid et les mots, les lectures dans la chaleur et le partage, tout ça bientôt réuni et offert aux participants de cette nouvelle expérience qui nous a menés jusqu'à Grimpelune, dans les hauteurs boulbonnaises.

lundi 14 décembre 2009

Le désir échappe à mon poème/James Sacré


James Sacré a habité la Petite Librairie des Champs pendant deux jours et nous a insufflé douceur et énergie pour poursuivre l'aventure du poème. Que soient remerciés ici le poète d'abord, ses lecteurs et les autres poètes venus l'écouter! Ce furent des moments vrais que nous avons pu partager et traverser avec les mots et les couleurs de James Sacré et comme on fait un feu, faire poésie ensemble...Encore quelques mots du poète pour nous retenir au seuil de l'année:

"Ce geste qu'on a pour écrire, le désir de toucher à quelque chose de bouleversant et de nu dans le monde: la langue des autres qui est aussi la mienne. Et sans rien savoir de ce qui arrive.
 Quand quelqu'un a lu mon poème, "t'as aimé?" que je demande. Comme si on venait de coucher ensemble, sans qu'on sache si même on était ensemble."

James Sacré, Le désir échappe à mon poème, Al Manar

vendredi 11 décembre 2009

Une idée de jardin à Boulbon en compagnie de James Sacré demain et dimanche 13 décembre


Quelqu'un taille des arbustes dans le jardin serré
Entre la rue et toute une élévation de loggias blanches sur quatre étages à fines colonnes,
le jardin
Déborde sur le trottoir par devant la grille du mur bas,
Agaves, buissons d'oliviers, sorte de néflier à branchages de figuier,
Des arbustes fleuris de rouge, un pin léger, un autre néflier
S'emmêle au laurier rose contre la haute façade, bel encadrement des fenêtres
Festonné de pierre ocre sur le fond passant du gris au blanc.

James Sacré, Une idée de jardin à Beyrouth, Rougier éditeur, 2006

mercredi 9 décembre 2009

Caresse d'écriture à des couleurs, de James Sacré


Comment mettre de la couleur dans
les mots? Les quatre lettres du mot gris
sont bien des traits d'encre noire, et des
taches seraient possibles,   il y a de la 
variation dans la densité du trait...mais
le mot même est sans matière vraiment, 
sinon son peu de bruit et quels rapports
avec des pigments gris?

Mais c'est quand même à cause des couleurs grises de la gravure
que j'écris ces mots. Et la gravure pourrait m'en donner d'autres:
goudron, bitume.

mardi 8 décembre 2009

POUR CAMUS


Prière sur la tombe d’Albert Camus à Lourmarin

 

                                               A René Char

 

 

        

                   S’il vous plait, qu’aucun bruit discordant ne vienne troubler le chant profond des jours et des nuits, du soleil et des orages, des cigales ou des grillons, dans ‘’ l’éternité à Lourmarin’’, sous le dôme d’un ciel de Provence si proche de celui de sa terre natale.

 

                   Ici fleurissent en liberté l’aspic et les genêts. L’air et la lumière y vibrent plus salubres et salutaires que dans la pénombre des voûtes empierrées où pourrissent les lichens de la vanité et de la grandiloquence.

 

                   L’enfant de Belcourt vous en saura gré.

 

 

                                                       Jean-Claude Xuereb   28 – 11 - 2009

 

lundi 7 décembre 2009

Sans doute qu'un titre est dans le poème, James Sacré


...
D'où vient cette maison qui s'en va?
On a le coeur si étroit, la Mésopotamie
C'est tellement loin dans le temps;
On distingue plus ce qu'a été le sens
D'une écriture ancienne, ça disait peut-être déjà
Tant de gestes fous
A travers la peur et le mot dieu, la dilution
A tous les estuaires du monde.
La montagne s'écroule. le coeur qu'on a eu
Est une petite chose calcaire et mouillée
Qu'on écrase.

Sauver la maison veut plus rien dire.
Toute l'entreprise de parler a été ratée.
(...)

jeudi 3 décembre 2009

Comme un jardin (bleu) de SD aux éditions Potentille




REVENIR VERS LE JARDIN DESCENDRE AU PLUS BAS
(...)
ELOGE de l'imperfection charmante
et des pauvres chaussures mouillées
du poème à la rime manquante
perdues dans les raies du potager

TOURNESOLS BRUNS
TOURNESOLS JAUNES

Draps pliés couvertures rangées
et le CRI des paons le soir étonne
celle qui cueille la sauge parfumée

(...)

mardi 1 décembre 2009

James Sacré: une vie en poésie


James Sacré: une vie en poésie

 

James Sacré est né en 1939. Il passe son enfance et son adolescence à la ferme des parents en Vendée. D’abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux Etats-Unis où il poursuit des études de lettres (thèse sur la poésie de la fin du XVIè siècle français). Il y enseigne dans une université du Massachusetts (Smith College) tout en faisant de nombreux séjours en France et des voyages en d’autres pays (l'Italie et le Maroc, souvent). Il a publié des livres de poèmes au  Seuil (Coeur élégie rouge, 1972), chez Gallimard (Figures qui bougent un peu, 1978) et aux éditions André dimanche, ainsi que chez de nombreux “petits éditeurs”. Il vit de nouveau en France, à Montpellier, depuis 2001.

Livres récents: Le poème n’y a vu que des mots, L’idée bleue, 2007. Khalil El Ghrib, Editions Virgile, 2007. Un paradis de poussières, André Dimanche, 2007 . Se os felos atravesan polos nosos poemas, Amastra-N-Gallar (dans une traduction en galicien de Emilio Araúxo ), 2008 (Emilio Araúxo, Apdo. Correos 97, 36500 Lalin (Pontevedra) Espagne). Comme pour être un jardin, Tunis, Tawbad, 2008 (bilingue, texte traduit  en arabe par Saleh Diab). Une idée de jardin à Beyrouth, Soligny-la-Trappe : Ficelle n° 84, Rougier. V éditions, 2008.  Coudre ton enfance à demain, Contre-allées, « Poètes au potager », Montluçon, 2008. D’autres vanités d’écriture, Tarabuste éditeur, Saint-Benoît-du-Sault, 2008. 31 poèmes de l’Amérique un peu, Contre-Pied, Martigues, 2008.

 


lundi 30 novembre 2009

12 & 13 décembre, à noter dans son agenda!




La PETITE LIBRAIRIE DES CHAMPS ouvrira ses portes du Samedi 12 Décembre ( de 15 heures à 20 heures) au Dimanche 13 Décembre (de 14 heures à 19 heures) pour une rencontre autour de l'écriture et l'oeuvre de James SACRE
Le samedi à 15 heures: Théâtre d'ombres présenté par des BLEUS ET DES VERS, Trois contes du Maghreb, tout public à partir de 4 ans, (3 euros par personne, adultes et enfants) 
à 18 heures: Lecture-rencontre "La poésie de James SACRE, un certain regard"...Le poète évoquera l'écriture à travers trois thèmes: la peinture, la couleur, l'écriture...puis, un apéritif-dédicace sera organisé en compagnie de l'auteur
Le dimanche à 11 heures: Ballade dans Boulbon en compagnie de l'auteur et des adhérents de l'association (pensez à renouveler votre adhésion!), en vue de la création dans un second temps d'un support texte, images, photos,..La Petite Librairie se lance dans un nouveau projet "promenade avec...un auteur, une couleur..." à l'occasion de la venue de James SACRE. Cette fois, ce sera donc "promenade avec James SACRE, rouge"...Vous pouvez amener avec vous du papier pour écrire et un peu de matériel pour dessiner...
Puis repas partagé à la petite librairie des champs...
à 15 heures: Lecture par James SACRE de sa poésie en direction de la jeunesse.
Durant ces deux jours, la petite librairie des champs proposera à la vente, comme à son habitude, des livres et recueils de poésie, avec cette fois, une table dédiée à James SACRE, ainsi que des livres jeunesse...De bonnes idées pour vos cadeaux de Noël...








dimanche 29 novembre 2009

Lecture à Marseille du 5 décembre, plan d'accès

plan d'accès pour vous rendre chez Patricia et Bruno où se fera la lecture de Marseille éclats et quartiers, édition Jacques Brémond, et aussi Comme un jardin (bleu), édition Potentille, 2009 de S.D


 

Attention si vous arrivez par l’A7, faîtes bien attention après le tunnel de VITTROLLES de bien rester à droite et prendre l’A55 vers FOS MARTIGUES complètement à droite (mal indiqué dans un virage).

Sur l'autoroute A55 sortir à Carry. Faire 1 km et tourner à droite en direction d'ENSUES.

Passer le village et prendre à droite direction " les Calanques".

Faire 3 km et tourner encore à droite vers LA MADRAGUE DE GIGNAC. Passer le pont de la voie ferrée. Garer votre voiture sur le chemin de la Madrague (rue qui descend au port)

Monter à pied le chemin de la calanque du puits.

2° maison à gauche un portail gris avec des ancres marines N°5

 


vendredi 27 novembre 2009

Quelque chose de mal raconté, James Sacré


Bientôt James Sacré à la Petite Librairie des Champs le 12 & 13 décembre 2009!

"Parfois comme un ennui tout comme si plus rien
à dire à propos d'un poème ou d'un jardin
même chose en somme ou presque on comprend pas bien.

Peu à peu la mauvaise herbe le temps
qui vient ça a fleuri quand même avec un deux rouges
mal rouillés sourire un travail lenteur dedans

comme un ennui bardane et puis les orties tiens
ça continue pourtant sans qu'à peine rien bouge

avec ces noms d'herbes mal aimées un machin
qui rime quand même sans pourtant rien dedans.

Quelque chose de mal raconté, André Dimanche éditeur, 1981

mardi 24 novembre 2009

Sable, sable de JG Cosculluela


Sable, sable 

 

 

 

                                   Pour Angel Campos Pampano

                                   (1957-2008)

 

                                   Entre là et pas-là 

                                   Paul Celan

 

                                   Un disparu qui s’avance hors

                                   de sa disparition

                                   Paul Celan

 

                                   Sable, sable et grains de sable

                                   Jeanne Benameur

 

Aux limites d’une terre,  le sable, insaisissable, ne sait rien de la terre inachevée que quelques mots : ciel, terre , sol, eau, ciel encore, lumière. Il lui faut la lumière.

 

Il veut encore des mots, comme les mots sortent du silence, comme les grains de sable glissent de ses mains, comme la terre vient encore où il marche au bord, cendre tirant sur le bleu, sous ses sandales. Il lui faut inévitablement descendre.

 

Le sable lui donne un lieu qui n’appartient pas, un lieu toujours pauvre de lieu, au bord, et qui garde la trace de son corps et de ses pas. Il jette encore une poignée de sable sur son corps et sur ses pas, et le sable l’esseule encore un peu plus entre ciel, terre,  sol, eau et lumière.

 

Le sable est encore pour un peu de temps le bruit de source de la lumière, il fait glisser le silence sous le ciel, sous la terre, sous le sol et sous la lumière qu’il renverse encore.

 

Près du lac, il se retrouve avec ce qui est perdu, là, sur le sable, sous le sable. Il n’y a pas de là. Seulement un lieu pauvre. Au bord. Et plus loin encore un autre bord, une vie est peut-être enfouie, là, ou une vie échouée, là. Au bord d’une eau infinie de ciel, d’une eau infinie de terre, d’une eau infinie de sol et d’une eau infinie de lumière.

 

Il marche seul sur cette terre d’erre qui s’ouvre au silence, comme aux pas de tout absent. Sur cette terre nue où le sable dénoue éperdument les étoiles dans le bleu ou dans le noir, sous le vent.

 

Il se tient là, pas là, seul, dans ses mains, il garde encore un peu de la poignée de sable, creusée de ses pas. Une  poignée de sable pour dire la terre nue où tout désert se nomme, où il peut venir déjà dans sa propre absence, portant son absence, là , pas là, personne se nommant sur ses traces, reste de la terre creusée en lui. Il lui faut la lumière dans le noir ou dans la cendre tirant sur le bleu. Sous ses sandales.

Jean Gabriel Cosculluela

15  avril 2009

 avec des mots en italiques d’André Du Bouchet


Arena, arena


                             Para Ángel Campos Pámpano

(1.957-2.008) 

  

Entre allí y allí-no

Paul Celan

 

Un desaparecido que avanza fuera 

de su desaparición

Paul Celan


Arena, arena y granos de arena

Jeanne Benameur

 

 

En los límites de una tierra, la arena, inasible, no sabe nada de la tierra inacabada, sino algunas palabras: cielo, tierra, suelo, agua, más cielo, luz. Necesita  la luz.

 

Quiere más palabras, como las palabras salen del silencio, como los granos de arena se escapan de sus manos, como la tierra acude aún donde camina al borde, ceniza que tira a azul, bajo sus sandalias. Necesita inevitablemente descender.

 

La arena le da un lugar que no pertenece, un lugar eternamente pobre de lugar, al borde, y que guarda el rastro de su cuerpo y de sus pasos. Arroja otra vez un puñado de arena sobre su cuerpo y sobre sus pasos, y la arena lo desampara un poco más entre cielo, tierra, suelo, agua y luz.

 

La arena es aún por un tiempo corto el ruido de manantial de la luz, hace deslizarse al silencio bajo el cielo, bajo la tierra, bajo el suelo y bajo la luz a la que derriba otra vez.

 

Cerca del lago, se encuentra con lo que está perdido, allí, sobre la arena, bajo la arena. No hay allí. Sólo un lugar pobre. Al borde. Y más lejos aún otro borde, una vida se ha ocultado quizá, allí, o una vida encallada, allí. Al borde de un agua infinita de cielo, de un agua infinita de tierra, de un agua infinita de suelo y de un agua infinita de luz.

 

Camina solo sobre esta tierra de errancia que se abre al silencio, como a los pasos de todo ausente. Sobre esta tierra desnuda donde la arena desata perdidamente las estrellas en el azul o en la negra oscuridad, bajo el viento. 

 

Permanece allí, allí no, solo, en sus manos guarda aún un poco del puñado de arena,  ahondado con sus pasos. Un puñado de arena para decir la tierra desnuda donde todo desierto se nombra, donde él puede acudir ya en su propia ausencia, llevando su ausencia, allí, allí no, sin que nadie se nombre bajo su rastro, resto de la tierra excavada en él. Necesita la luz en la negra oscuridad o en la ceniza que tira a azul. Bajo sus sandalias.  

  Jean Gabriel Cosculluela, 15 de abril de 2.009, con palabras en cursiva de André Du Bouchet

 - copyright Jean Gabriel Cosculluela, 2009

- ce texte paraît cette fin d'année 2009 dans la revue Espacio / Espaço Escrito (Badajoz - Extremadura) dans un numéro spécial Angel Campos Pampano; en France, il paraîtra en livre d'artiste avec des travaux de Catherine Liégeois.


 

vendredi 20 novembre 2009

Hommage à Pentti Holappa, de retour de Finlande


Promeneurs dans la nuit - mon chien et moi nous entendons
le sifflotis d'un merle noir. Ce son
et notre affection réciproque nous unissent
comme un pont par-dessus le gouffre qui sépare les espèces

et l'avalanche de neutrons dans le tissu de nos corps.
A vrai dire peut-être sommes-nous deux éclairs
avides d'éternité, deux éclats de lumière...

Pentti Holappa

Le voyage en Finlande s'entend aussi comme un voyage dans la poésie de ce pays, proche et lointain, comme un pont, dit Pentti Holappa, entre des mondes et au-dessus des gouffres.

vendredi 13 novembre 2009

Demain Jean-Gabriel Cosculluela et la poésie sont au rendez-vous de la Petite Librairie des Champs!

De l'Aragon jusqu'à Boulbon, quelques kilomètres...

jeudi 12 novembre 2009

James Sacré le 12 & 13 décembre à la Petite Librairie des Champs


Le désir échappe à mon poème 

En repassant par des paysages déjà parcourus 
À cause que de la lumière manque, temps gris, 
L’éclat de pierres noires sur les pentes pétries de chaleur 
N’est plus rien qu’une étendue de caillasse terne. 
Entre Alnif et Tazzarine
Dans le piedmont sud du djebel Sarhro

Sijilmassa aussi a quasiment disparu
On n’entend plus que des mots. 
Il y a des formes qui s’enferment dans les sables. 

Ce désir est un désert. 

James Sacré, Le désir échappe à mon poème, dessins de Mohammed Kacimi, éditions Al Manar, 2009

mercredi 11 novembre 2009

Faire la lumière, Jean Gabriel Cosculluela ce samedi 14 novembre à Boulbon


Faire la lumière

(extraits)

 

à  My, Clara et Alicia

 

Il reste de longues heures sur le talus à faire la lumière sur ce qui s’est passé. Dans un silence inouï. Il regarde le silence . Le talus est déjà affouillé sur les bords du lac.

 

Aucun des mots qu’il écrit ne tient en place. Il écrit depuis là où il est pour aller vers là où il n’est pas. Il n’y a pas d’envers ni d’endroit : la vie s’écrit avec la mort, et la mort avec la vie. La mémoire vit et meurt avec l’oubli. Il écrit pour trouver son absence et un peu de lumière.

 

Il est d’un lieu terreux où l’eau est venue lente, mendiante, recouvrir la terre, les chemins,  les maisons, sa maison. Où l’eau est venue sans adieu.

 

… / 

 

grains de blé et de silence.

 

Le village est affouillé dans la nuit de l’eau et de la terre. Dans le silence.

Le sable.

 

Où partir hors ce pays des morts où les mots ne reviennent qu’avec leurs premières lettres ? Où ? Le mot où vient à peine de commencer. Comme le mot sable. Il glisse entre les mains.    

 

C’est un mot, où, c’est un mot, sable, pour trouver son absence, glissant entre la terre cette couleur et la douleur d’aller chercher l’eau sous l’eau, la terre sous la terre,  le silence sous le silence quand il n’a que les premières lettres.

 

C’est un récit insupportable qu’il écrit pour intercepter, entrevoir quelques instants la lumière. Et faire la lumière.

 

Il se souvient maintenant de la dernière promenade qu’il fit ici avant la venue de l’eau, de la dernière conversation. Enfant.

Devant sa maison, affouillée,  il y a la marelle, il n’y a pas de paradis, il n’y a pas d’enfer. Il y a eau. Il y a terre. Il y a sable. Il y a silence. Il y a où. Où sauter dans la lumière ?

 

…/…

 

Il  y a maintenant un enfant dans cette marelle de premières lettres qui s’effacent presque.

 

Sous l’eau, sous la terre, sous le sable, sous le silence, avec le sable, la nuit est cristalline. Ne serait-ce que ce chant profond, esseulé. Pour faire la lumière avec l’absence et le vide.

 

Jean Gabriel Cosculluela

Faire la lumière

(Editions Atelier des Grames, 2009), avec des pastels de Thémis S/V

mardi 10 novembre 2009

Pour Marie NDiyae/contre ER et son devoir de réserve imposé aux artistes!

 
POUR MARIE NDIAYE, cet extrait, la première page des Trois Femmes puissantes, en réponse aux propos d'ERIC RAOULT

Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable.

m-ndiaye_0.jpg

Il gardait les mains croisées sur son ventre et la tête inclinée sur le côté, et cette tête était grise et ce ventre saillant et mou sous la chemise blanche, au-dessus de la ceinture du pantalon crème.

Il était là, nimbé de brillance froide, tombé sans doute sur le seuil de sa maison arrogante depuis la branche de quelque flamboyant dont le jardin était planté car, se dit Norah, elle s'était approchée de la maison en fixant du regard la porte d'entrée à travers la grille et ne l'avait pas vue s'ouvrir pour livrer passage à son père - et voilà que, pourtant, il lui était apparu dans le jour finissant, cet homme irradiant et déchu dont un monstrueux coup de masse sur le crâne semblait avoir ravalé les proportions harmonieuses que Norah se rappelait à celles d'un gros homme sans cou, aux jambes lourdes et brèves.

lundi 9 novembre 2009

Buée, extraits, JG Cosculluela


Buée 

(extraits)

 

A terre
le passeur s’esseule
en creusant les mots
dans la dernière compagnie
de ses mains
à la source de la prière

les morts donnent aux morts
l’absence vive des mots

 

 

Dans ses mains, il y a un creux
la disparition du paysage
à terre la trace nue de la mort
la buée des mots contre le froid
la voix basse de la buée
le feu


Buée
où le passeur s’esseule
vers le mot terre

dimanche 8 novembre 2009

Programme Rencontre –lecture avec Jean Gabriel Cosculluela et ses éditeurs Atelier des Grames et Jacques Brémond



Samedi 14 novembre 2009

à la Petite Librairie des Champs à Boulbon-sur-Rhône :

 

 

18 h

Lectures de textes et conversation avec les lecteurs

Extraits de livres publiés aux éditions Atelier des Grames et aux éditions Jacques Brémond, ou inédits à paraître chez ces éditeurs

« L’eau », « D’un retrait », « Faire la lumière »

« L’Odeur de brûler l’oubli», « Buée », « Continuo »

Extraits d’un essai sur les livres d’artistes

Lecture d’un livre d’artiste « Un mot, mendiant », mis en livre et interprété différemment par les éditions Atelier des Grames et les éditions Jacques Brémond

 

 

21 h

Chansons « Cronica de un pueblo », paroles et musiques de Jean Gabriel Cosculluela

« La Albada », « Las Calles », « El Arbol », « El Olor de la tierra », « Nana de lluvia y luz », « La Cadiera », « Ven a casa »

Chansons pour un village oublié, abandonné dans le Haut-Aragon (Pyrénées espagnoles) d’où l’auteur est originaire.

samedi 7 novembre 2009

L'homme est un grand faisan sur la terre, d'Herta Müller


Il est des rencontres qu'on attendait et qui tout à coup, presque par hasard, se produisent. La lecture d'H.M. prix Nobel de littérature 2009 est à coup sûr une aventure nécessaire.

"La chanson
   Les porcs tachetés du voisin grognent bruyamment. Un troupeau dans les nuages. Ils traversent la cour. Les feuilles ont tissé une toile qui enserre la véranda. Chaque feuille a une ombre.
   Une voix d'homme chante dans une rue voisine. La chanson ondoie à travers les feuilles."La nuit, le village est très grand, se dit Windisch, et le bout du village est partout."
   Windisch connaît cette chanson.

J'allais un jour en ville
J'allais donc à Berlin
                           Tirila-la-la, tirila-la-la, tirila-la-la-lin

  La véranda devient plus haute quand il fait sombre. Quand les feuillages ont de l'ombre. Poussée tellurique sous le carrelage. Vers le haut. Sur une tige. Arrivée à une certaine hauteur, elle se case; La véranda s'effondre. Sur place. Quand le jour revient, on ne voit pas que la véranda a poussé et qu'elle est retombée.
  Windisch sent la poussée sur les pierres. devant lui, il y a une table vide. Sur la table, la frayeur. La frayeur est dans la poitrine de Wendisch. Il la sent comme une pierre dans la poche de son pantalon.
  La chanson enlace le pommier. (...)"


jeudi 5 novembre 2009

PRIX JEAN FOLLAIN 2010 de la ville de ST Lô

Le règlement est à demander à la Médiathèque de St Lô: il s'agit de présenter un manuscrit de prose poétique.  C'est aussi l'occasion de rendre hommage à Jean Follain et de le relire...
"Confondent leurs bruits,
passé, présent et avenir..."


mercredi 4 novembre 2009

Jean-Gabriel Cosculluela à la Petite Librairie des Champs le 14 novembre


Le poète Jean-Gabriel Cosculluela viendra lire des extraits de ses textes à 18 heures et chanter quelques chansons de sa composition à 21 heures le 14 novembre, dans le cadre de La Petite Librairie des Champs, en compagnie de ses éditeurs, Anik Vinay de l'atelier des Grames et Jacques Brémond à l'occasion de la publication de son dernier recueil:
Un mot, mendiant.

Nous espérons vous accueillir nombreux pour ce moment de poésie partagée.

dimanche 25 octobre 2009

Florence Emptaz, une lecture, un atelier, automne 2009


La Petite Librairie des Champs a accueilli Florence Emptaz qui a lu des extraits de son livre la Fête des Mères et animé un atelier d'écriture.
Un extrait:

A Maroeil, lorsqu'on parle du couple formé par mes parents, on dit:"l'Ours et la Poupée". Mes copines de classe me l'ont appris - et ma mère, un jour me le confirme. A ses yeux la formule souligne avec justesse leur disparité: lui, imposant et mal léché à ses heures - "ton père, quel caractère!", et elle élégante et soignée, toujours souriante. Elle n'a pas l'air de s'apercevoir qu'il est aussi désobligeant d'être comparé à une poupée qu'à un ours - sinon plus.
Je n'aime pas être la fille d'une poupée.

jeudi 22 octobre 2009

D'après nature, WG Sebald


Quand le matin se lève,
que la fraîcheur de la nuit
s'en va dans le plumage
des poissons, qu'à nouveau 
devient visible l'alentour
de l'air, alors je fais parfois
confiance à la paix et
je prends la résolution d'un nouveau 
départ, une excursion 
peut-être dans une région
pour ornithologues en tenue de camouflage.

D'après nature, WG Sebald, Actes Sud

lundi 19 octobre 2009

Exposition d'Elisabeth Béraud à La petite Librairie: vernissage le 23 octobre à 18 heures


" il n'y a qu'un voyage
et il est de commencement."

Sylvie Fabre G
Le voyage de la Petite Librairie se poursuit dans la peinture et la poésie.
Nourritures essentielles que nous partagerons ces trois jours d'ouverture, du 23 au 25 octobre.

vendredi 16 octobre 2009

Marseille éclats& quartiers, de Sylvie Durbec chez Jacques Brémond éditeur


Le livre est disponible chez l'éditeur, dans les bonnes librairies et à la Petite Librairie des Champs!

jeudi 15 octobre 2009

L'approche des montagnes, Philippe Jacottet


C'est encore une énigme à l'horizon paisiblement campée, une merveille qui nous accompagne tous les jours et semble souhaiter  d'être comprise. Mais les mots traînent après eux des représentations machinales qu'il me faut écarter.
(...)
Pour un temps, mon amour, si j'ose encore vous appeler ainsi puisque je ne vous traite pas toujours avec la douceur de l'amour, restez ainsi couchée; l'homme le plus démuni, même s'il ne peut pas s'exprimer, même dans la poussière et les haillons, a connu le secret de ces pentes, l'attrait de ces vallées qu'éclaire la nuit, de toute cette masse écroulée, abandonnée, bienheureuse d'être écroulée; et voici maintenant la pluie qui commence à tomber dans l'herbe, sous les rabres, une buée qui brouille le regard, une chaleur de lessiverie dans le repli des montagnes.

P.Jacottet, La promenade sous les arbres, La bibliothèque des arts 

lundi 12 octobre 2009

Sur la route, en compagnie des petites joies


 

Il existe sur le bord des routes des tristesses mais aussi des joies gentiment assises dans l’attente du passager qui les relèvera et lorsque passe le promeneur et son bâton, suivi de son chien-tendresse, alors joies et tristesses se dressent, prêtes à nouveau à reprendre la parole et à faire cortège à celui qui avance dans le paysage endormi, comme si chaque fois tout pouvait recommencer à s’animer à cause du bruit des pas sur le chemin et du bâton qui le accompagne et du chien qui court en avant de son maître et jamais ne dévore les petites joies et les grandes tristesses, mais leur fait la fête et tendrement les lèche de sa bonne langue rose et noire, tous les trois, passant, chien, bâton, permettant au monde et au paysage de se réveiller une fois encore, comme tous les matins, grâce au promeneur et à son chien, au bâton aussi qui rythme l’éveil du soleil sur la colline en face et fait voler la poussière blanche du chemin, tandis que les premiers oiseaux se mettent à croire eux aussi que le matin vient et avec lui tout ce qui s’ensuit dès que la lumière est posée sur la journée, comme le fait le peintre sur la toile vide, et voilà que je cours et voilà que je lèche et voilà que petites joies et grandes tristesses sautent dans mes bras et voilà que.

Inédit, La voix des hommes, SD